"QUAND ON VOIT LE PEN, ON EST TOUJOURS EMU"

Publié le par Unité

 

 

 

Et de treize ! Dimanche 18 novembre se tenait à Bordeaux le treizième congrès du Front National. Jean-Marie Le Pen a été élu président du mouvement avec 97,47 % des voix. L’occasion d’aller à la rencontre des jeunes militants frontistes de la Gironde.

« Tenons le cap ». Le slogan barre la façade du Palais des Congrès de Bordeaux. A l’intérieur se sont réfugiés plusieurs centaines d’adhérents du Front National (FN), venus de toute la France applaudir la réélection de leur président. Jean-Marie Le Pen lève les bras au ciel. Il est acclamé lorsqu’il parle d’« immigration zéro », de « préférence nationale totale » ou lorsqu’il s’emporte contre les « mosquées-cathédrâles ». Très applaudi aussi quand il indique que l’après-Le Pen, « ce n’est pas d’actualité ». Et pourtant : dans les couloirs, une question revient sur toutes les lèvres. Qui remplacera celui qui a fondé le FN, en 1972 ? Sa fille, Marine Le Pen, ou l’éternel second du parti, Bruno Gollnisch ? Ce congrès de transition n’y a pas répondu. Le but : éviter de scinder le parti en deux clans à peu près égaux. « Si on se déchire, on est foutus » lance une militante parisienne. « Le parti a du mal à s’imaginer fonctionner sans Le Pen. Alors on se laisse une transition de trois ans » résume Thibault du Réau, candidat frontiste à Libourne. A défaut d’être celui du renouveau, les frontistes souhaitent que ce congrès soit celui de l’unité.

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« Ce sont les plus faibles d’esprit qui sont partis »

« Jean-Marie Le Pen, c’est un des plus grands orateurs du XXème siècle » s’emporte Nicolas Lemerre, 21 ans et président du FNJ (Front National Jeunesse) Gironde. « Quand on le voit, on est toujours un peu ému » sourit Lionel, 17 ans, casquette vissée sur le crâne, sur laquelle on déchiffre « Pour les vignerons et les paysans ». Il est membre du FNJ bordelais depuis plusieurs mois. Heureux d’être un si jeune militant : « J’apprends à me former, à parler. J’acquiers des connaissances politiques ». Au FNJ de la Gironde, ils sont une cinquantaine, dont une vingtaine sur Bordeaux. Les actions sont surtout menées par un noyau dur d’une dizaine d’adhérents. Au Palais des Congrès, ils sont venus en nombre. « C’est bien pour Jean-Marie. La période des élections, au printemps dernier, a été un peu difficile. Il a besoin de sentir du soutien derrière lui » explique Nicolas. Pour lui, « le militantisme, c’est quelque chose d’inné ».
Ces jeunes frontistes rêvent de morale, de nationalisme et d’avenir. « Aux élections de 2002, Le Pen est arrivé en tête des votes chez les 18-25 ans. Ca prouve que le FN n’est pas ringard, qu’il s’occupe des vrais problèmes : le chômage, l’immigration » poursuit Nicolas Lemerre. Lui-même rêverait de faire carrière en politique, même s’il n’a pas encore renoncé à entrer dans l’armée. « Le problème du Front, c’est qu’il est visionnaire ». Comment expliquer, alors, la chute du FN aux dernières élections ? « Les gens ont été séduits par Sarkozy, parce qu’il a repris une bonne partie de nos idées. Mais on voit bien qu’il recule déjà. » Morgan ajoute : « Ce sont les plus faibles d’esprit qui sont partis ». A eux, cette défaite leur a donné envie « de militer encore plus ».

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Un militantisme nocturne

Etre militant, c’est un loisir très prenant. Les jeunes du FNJ 33 y consacrent des heures : « de 0 à 35 par semaine » sourit Nicolas. Surtout la nuit, pour coller des autocollants et « boiter ». Autrement dit, mettre des tracts dans les boîtes aux lettres. « Ca paraît simple mais il y a pleins de règles à respecter. On ne peut pas coller des affiches n’importe où ». Pour connaître le mode d’emploi, le FNJ se regroupe tous les samedis après-midi. A l’ordre du jour, bien d’autres sujets que les affiches, évidemment. Des simulations de débats, par exemple. Certains sont désignés pour représenter le PS, l’UMP, l’extrême gauche ou encore les médias. S’engagent alors des discussions animées entre les différents intervenants. « Cela nous permet de nous entraîner pour les oraux que l’on passe dans nos études, et cela nous aide aussi pour décrocher un travail ». Pour jouer le rôle de Royal ou de Voynet, il n’y a pas foule au portillon. Sur tous les jeunes frontistes de la Gironde, elles ne sont que 5 filles !
Le FNJ est très autonome dans son organisation. Marie-Hélène Le Noach, militante et mère de famille, avoue : « Le FNJ est un peu à part, ils ont un fonctionnement propre ». Et les idées des jeunes frontistes ne sont pas forcément celles de leurs aînés. Si Lionel pense « qu’en général, on nous diabolise de moins en moins » et est « favorable au dialogue avec les autres partis », des militants frontistes de la première heure ont un discours plus radical. Or, le parti est très majoritairement constitué de personnes âgées. Au détour d’une discussion, un militant lance, sa carte d’orphelin de guerre à la main : « Mon père est mort pour la France en 1945. Moi, je défends la France. Les immigrés et les sans-papiers, s’ils bousillent ce pays, qu’ils s’en aillent ». Son voisin acquiesce et répond : « Le vrai problème, c’est l’extinction de la race blanche ». Au congrès du FN, on entend des militants passionnés, mais aussi ce genre de conversations.

Elodie Font (avec Anthony Lattier)


http://lesmunicipalesabordeaux.blogs.nouvelobs.com/

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