La discrimination à la barre

Publié le par Unité


Depuis hier, le tribunal compte un délégué du procureur en matière de discrimination dans le cadre de la création du pôle anti-discriminations
Il se tient droit, lève la main droite et prête serment. Hier, Ahmed Serraj, président de l'association Boulevard des potes (lire par ailleurs) est devenu délégué du procureur en matière de discriminations (1). En juillet dernier, la garde des Sceaux Rachida Dati avait invité les parquets à se doter d'un pôle anti-discrimination. « C'est un étage supplémentaire, cette fois judiciaire, pour lutter contre toutes les discrimination. À la création de ce pôle, il a été demandé de recruter un délégué », explique le procureur Éric Maillaud.
Cette volonté traduit l'envie de rendre plus visible les discriminations. « Sur un plan judiciaire, il y a peu de poursuites. Sur Libourne par exemple, seulement une dizaine d'affaires l'année dernière sur 2 500 concernaient la discrimination », témoigne Eric Maillaud.
« Oser ».L'idée est d'être donc plus actif et d'inciter les gens à « oser » porter plainte. « Je comparerais cela aux violences conjugales. Au début, on en parlait seulement, puis on a fini par amener les femmes à déposer plainte. La logique est la même », constate Eric Maillaud. « Le système est discriminant? La mise en place d'un pôle dans la symbolique de la justice va permettre à certaines personnes qui subissent cette discrimination ou qui l'ont intégrée de retrouver justement confiance en la justice, la police et la République », estime Ahmed Serraj.
Bérangère Raffy, substitut du procureur, sera la magistrate referrent du pôle. « Améliorer les réponses pénales signifie aussi former et sensibiliser les enquêteurs et les officiers de gendarmerie pour améliorer la réception des plaintes et l'enquête. Cela commencera début janvier ». Concrètement, les infractions les plus importantes feront l'objet d'enquêtes et de poursuites, comme c'est le cas évidemment aujourd'hui. Pour les moins importantes, Ahmed Serraj entrera en jeu. « Cela peut se traduire en rappel à la loi ou encore en stage de bonne conduite », comme cela existe pour les conjoints violents.
« Le but est d'améliorer les comportements. L'éducation est à développer sous forme diverse et variée », précise encore Bérangère Raffy. « L'objet est de changer les comportements des gens quand ils recrutent, éduquent ou encore vendent? On est tous concernés et on doit tous balayer devant notre porte », renchérit Ahmed Serraj.


« Du temps ».Ce pôle va surfer sur un réseau déjà solidement ancré en Libournais, grâce notamment à la Mission locale. « Depuis quatre ans, sur ce territoire, il se passe quelque chose de singulier. Il y a eu peu d'initiatives de ce genre au niveau national, en terme de cohérence et de réseau », souligne Ahmed Serraj. Car s'il a accepté d'être délégué du procureur à Libourne, c'est aussi grâce aux liens tissés avec ce territoire depuis 7 ans (lire par ailleurs).
Le procureur Eric Maillaud ajoute cependant : « Il faudra trouver un équilibre et se différencier du militantisme car la justice se doit d'être neutre. On verra après. Les statistiques nous le diront mais il faudra un peu de temps pour évaluer tout cela ».
(1) Ahmed Serraj donnera sa définition de la discrimination : « Dans un même cas de figure, une autre personne (différence de sexe, d'originie, etc.) aurait eu accès au logement, au service, à l'emploi, etc. »


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Jacques Ellul dans l'Illusion politique : " Le Régime qui parle le plus de telle valeur est celui qui consciemment ou inconsciemment la nie ou l'empêche d'être."
 
 
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Publié dans Information Locale

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