Pavlov à l’école

Publié le par Unité

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Nous vivons une époque de juristes et de technocrates. Le symptôme principal de cette tare est que l’on argumente en long, en large et en travers sur des points qui n’ont finalement que peu de portée pratique. Ainsi des récents débats sur la laïcité, où, de bien mauvaise foi, on accusa le président de vouloir la remettre en cause, alors que ce dernier se bornait à énoncer quelques banalités. Sarkozy calotin ? Ségolène Royal en mère supérieure serait plus crédible…

En revanche, il est vrai que le petit s. remet en cause, d’une certaine manière, la laïcité. Non en favorisant telle ou telle religion (encore que sa position vis-à-vis de l’Islam est pour le moins sujette à caution), mais en faisant de l’Etat une véritable Eglise, dotée des traditionnels attributs des religions : symboles, totems, tabous, cultes et autres commémorations crypto-religieuses.

Les propos du petit s. tenus lors du dernier dîner du CRIF et rapportés ici par le Parisien, me paraissent symptomatiques du mal qui frappe ce pays, avec la bénédiction tout à fait consciente des pouvoirs publics :

Le président Nicolas Sarkozy a annoncé mercredi qu’il voulait qu’à partir de la rentrée scolaire 2008 chaque élève de la classe primaire de CM2 se voie «confier la mémoire» d’un enfant français victime de la Shoah, mercredi lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de france (CRIF).

«Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l’existence d’un enfant mort dans la Shoah. Rien n’est plus intime que le nom et le prénom d’une personne. Rien n’est plus émouvant pour un enfant que l’histoire d’un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui», a-t-il ajouté.

Il est sans doute très facile pour l’opposition de critiquer la très virtuelle remise en cause de la laïcité : c’est, après tout, une partie de son héritage, pour ne pas dire, pour la frange maçonnique, de son fonds de commerce. Qui, en revanche, critiquera cette annonce-là, mis à part l’extrême droite traditionnelle, qui le fera pour un mauvais motif ? Peu de monde, sans doute. Et c’est là le drame.

Se voir “confier la mémoire” d’un enfant déporté ? Que l’on ne vienne pas prétendre qu’il s’agit là d’éducation. L’éducation a pour objet de faire comprendre en faisant travailler l’intelligence. Cette mesure n’a pas pour objet un quelconque apprentissage, mais un conditionnement, au travers de l’instillation d’un sentiment de culpabilité. Elle n’a pas pour but d’éduquer sur la Shoah, mais de manipuler les ressorts de l’âme humaine afin de modeler une personnalité qui inconsciemment marchera dans les traces que l’on lui impose (en bidouillant le “surmoi” freudien). Elle n’a pas pour but d’apprendre l’histoire aux enfants, mais d’en faire de bons petits chiens de Pavlov, qui baisseront les yeux et se mettront à pleurer dès que l’on évoquera un nom ou une époque.

Cette mesure d’anti-éducation est un coup de boutoir dramatique dans ce qui restait des libertés individuelles. Il y a 18 ans, la loi Gayssot interdisait que l’on exprime un quelconque doute sur la Shoah. Aujourd’hui, on façonne les enfants afin que la Shoah ne soit plus de l’histoire, mais une partie intégrante de leur personnalité. A ce rythme, on demandera d’ici quelques années la couleur politique des parents, afin que leurs enfants leurs soient retirés s’ils ont osé exprimer une opinion divergente. On aura auparavant, bien entendu, supprimé le suffrage universel.

Le règne de Big Brother s’assoit lentement, mais sûrement, sur les bons sentiments.

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