Point de détails
Alain Soral est un peu une énigme. Comment un ancien communiste, marxiste assumé, peut-il frayer avec le Front national, faire tribune commune avec Jean-Marie Le Pen tout en expliquant un peu plus tard que c’était de la provocation, appuyer les meetings frontistes et ne pas voter pour ce parti ? Il y a quelque chose de déraisonnable dans cet homme qui, s’il sait écrire, pense manifestement de travers.
J’en veux pour preuve la tribune publiée sur Internet récemment, reprise partiellement par Altermedia, intitulée “Monsieur Le Pen a tort, la Chambre à gaz n’est pas un détail“. Dans cet article - dont le ton polémique sonne, somme toute, de manière assez conventionnelle sous une telle plume - Soral explique que la Shoah est devenue une religion à part entière, entourée de dogmes, dont l’infaillibilité des prêtres n’a rien à envier à celle des papes, et revendique un “droit au blasphème“, dans la droite ligne des vertueuses ligues gauchistes qui soutenaient côté pile les caricaturistes de Charlie Hebdo tout en pensant côté face qu’il fallait ménager les susceptibilités minoritaires.
Sur certains points, la pensée soralienne rejoint à peu près celle de l’auteur de ces lignes. La loi Gayssot est évidemment une imbécilité stalinienne dont on ne mesure pas encore les effets pervers. De la même manière, le droit de critiquer l’histoire et ses interprétations est évidemment une part fondamentale de la liberté.
Mais il y a un mais. La différence est de taille entre le “droit au blasphème” revendiqué par Soral et la “liberté d’expression“. “Droit au blasphème“, “droit à“, renvoie directement à la république sociale de 1946, tout en étant teinté d’un laïcisme de bouffeur de curé tout droit sorti du tout début du XXe siècle - et dont Soral n’est probablement pas fondamentalement éloigné. La “liberté d’expression“, tout au contraire, descend des notions grecques d’isêgoria et de parrhêsia, qui sont à la base de la philosophie occidentale et ont annoncé l’avènement du libéralisme occidental moderne.
Le choix, probablement délibéré, de sacrifier la “liberté d’expression” au profit du “droit au blasphème” (qui n’est même pas, notez-le bien, la “liberté de blasphémer“, qui aurait pu attirer quelques sympathies de la part des libéraux), est révélateur d’un mal beaucoup plus profond.
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